Dans un monde saturé d’opinions, suspendre son jugement peut paraître contre-intuitif. Pourtant, Marc Aurèle, empereur romain et figure centrale du stoïcisme, suggérait que ne pas avoir d’opinion pouvait protéger la sérénité de l’esprit. À l’heure où les tensions sociales et politiques rendent toute neutralité suspecte, cette maxime stoïcienne invite à une réflexion profonde sur notre manière de réagir aux événements extérieurs sans perdre notre équilibre intérieur.
Ne pas juger : un antidote stoïcien aux tempêtes modernes
Marc Aurèle écrivait : « Si tu souffres à propos de quelque chose d’extérieur, ce n’est pas cette chose qui te trouble, mais ton jugement sur elle. Il dépend de toi de le faire disparaître. » Cette pensée illustre un axe fondamental du stoïcisme : c’est notre interprétation, non les faits eux-mêmes, qui engendrent la souffrance.
Face à une actualité brûlante — conflits sociaux, violences policières, injustice perçue — il peut sembler immoral de ne pas prendre parti. Toutefois, le stoïcisme ne prône ni l’indifférence ni l’inaction. Il nous enseigne à rester maîtres de nous-mêmes au cœur du tumulte, et à agir avec sagesse plutôt qu’émotion.
Adopter cette posture, ce n’est pas ignorer la souffrance d’autrui — c’est se libérer de jugements hâtifs pour mieux agir en accord avec la raison et la justice. La paix intérieure devient alors un socle pour un engagement moral éclairé, non une échappatoire.
La dichotomie du contrôle : distinguer l’opinion de la responsabilité
Selon la pensée stoïcienne, tout dans la vie se divise en deux catégories : ce qui dépend de nous, et ce qui n’en dépend pas.
- Ce qui dépend de nous : nos jugements, nos émotions, nos décisions.
- Ce qui n’en dépend pas : les événements extérieurs, les actions des autres, les situations sociales.
Cette distinction centrale permet d’orienter l’énergie efficacement. Par exemple, face à un événement tragique, le stoïcien ne nie pas l’émotion ressentie. Il choisit de ne pas s’y attacher et concentre sa volonté sur la réponse vertueuse : justice, modération, courage. L’absence d’opinion catégorique n’est pas lâcheté, c’est une stratégie de lucidité.
Ce cadre permet à chacun de retrouver du pouvoir dans une réalité souvent incontrôlable. En sortant du combat stérile des interprétations, on gagne un espace de clarté pour agir de manière authentique.
École intérieure : apprendre à suspendre son jugement
Pour appliquer cette maxime, un travail quotidien est nécessaire. Inspiré par une pratique stoïcienne structurée, ce processus repose sur quatre étapes :
- Identifier l’indifférent : reconnaître que l’événement, en lui-même, ne porte ni bien ni mal moral.
- Suspendre le jugement immédiat : éviter les réactions passionnelles qui déforment la perception.
- Agir selon la raison : répondre avec prudence, courage ou bienveillance selon ce que la situation exige.
- Réaffirmer sa vocation éthique : transformer chaque crise en opportunité de cultiver sa vertu personnelle.
Cette méthode ne déconnecte pas de la réalité. Elle augmente la capacité à y faire face. Dans un climat où chaque opinion est instrumentalisée, choisir le silence réfléchi est un acte de résistance intérieure.
Empathie stoïcienne : agir sans s’embourber
Une critique fréquente oppose stoïcisme et sentiment moral. Or, Marc Aurèle insistait sur notre devoir d’humanité : « L’homme est fait pour coopérer, comme les pieds se soutiennent ou les dents s’emboîtent. » Le stoïcien, loin d’être froid, s’exerce à reconnaître ce qui peut être aidé, sans se perdre dans l’agitation.
Il n’est donc pas nécessaire d’avoir une opinion tranchée sur chaque crise. Il est plus utile de répondre avec cohérence à nos rôles. Un citoyen, un professionnel, un parent, peut agir avec justice dans le cadre de ses responsabilités, sans verser dans le jugement globalisant.
Cette posture favorise des contributions calmes mais puissantes. Elle libère de la pression sociale à penser « comme il faut », pour concentrer les efforts là où ils sont efficaces.
Résonances contemporaines : entre indignation et autonomie
À l’ère numérique, chaque fait divers est une invitation au commentaire immédiat. Pourtant, la vigilance stoïcienne nous rappelle que l’engagement vertueux n’a rien à voir avec la posture publique. La véritable action commence par le choix de la pensée juste.
Face à l’émotion collective, s’astreindre à la maîtrise intérieure peut paraître élitiste ou déconnecté. C’est au contraire un exercice d’humilité. Il permet d’éviter les pièges de la réaction ou de l’aliénation idéologique.
Et surtout, cette approche invite à questionner : mon jugement améliore-t-il réellement ma conduite ? Me rend-il plus sage, plus juste ? Sinon, pourquoi y tenir ?
Du chaos au calme : l’esprit comme ultime refuge
Marc Aurèle concluait : « L’esprit libéré des passions est une forteresse impénétrable – une personne n’a pas de refuge plus sûr pour toujours. »
Dans un monde où tout pousse à réagir, ne pas avoir d’opinion devient un refuge stratégique. Cela ne signifie pas cesser de penser, mais penser avec lenteur, précision… et vertu.
À ceux qui cherchent la paix intérieure tout en restant engagés, cette voie propose une alternative : moins de bruit, plus de clarté. C’est un chemin difficile, mais accessible, que chacun peut emprunter chaque jour.
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